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29 décembre 2004

La théorie de l'Emergence expliquée à Béatrice et Marie-Hélène


Voilà le sujet sur lequel j'aurais du faire ma thèse si j'avais suivi mes instincts. L'émergence est à la fois une théorie en cours de modélisation, un principe naturel et la description de différents systèmes et une question sur le fonctionnement de tout ce qui est complexe. C'est un peu le contrepoint de la théorie du Chaos, rendue célèbre par Julien Lepers et d'autres vulgarisateurs scientifiques du niveau de Michel Chevalet ou des frères Bogdanoff... Mais je m'égare.

L'émergence se résume à ce constat : prenez un grand nombre de petites choses au fonctionnement très simple et vous pourrez voir apparaître une organisation spontanée très élaborée, qui montre une intelligence que les systèmes de départ n'ont pas.

Ce principe est illustré par les fourmis, le cerveau humain, le système immunitaire, la façon dont les molécules sont construites en 3D, les médias, les rayures des zèbres, etc. Mais le cas des fourmis est en général assez parlant : une fourmi toute seule est un petit bidule avec deux ou trois comportement possibles (suivre une piste de phéromone, ramener de quoi manger, se nourrir en suçant les fesses d'une copine). Cela exclu des comportements anthropomorphiques basiques comme : se défendre, fuir le danger, avoir du plaisir, se reproduire, se tenir au chaud, acquérir rapidement une PSP. C'est une un petit objet organique vraiment très limité et qui côtoie une demi-douzaine d'autre modèles, avec tout aussi peu de comportements mais axés sur d'autres priorités. Un de ces autres modèle va être par exemple la fourmi soldat dont les trois comportements seront : tuer ce qui n'a pas les phéromones de la colonie, rester près de la colonie, se nourrir en suçant les fesses d'une copine.

Maintenant mettez quelques milliers de fourmis toutes plus cons les unes que les autres, et vous voyez apparaître une société complexe, organisant son environnement, ses ressources et ses cycles de vie, avec un degré d'intelligence collectif totalement absent des éléments de base.

Une autre illustration concerne les motifs de la fourrure des animaux et le développement des embryons. A priori il faudrait un système biologique et génétique excessivement complexe pour gérer de façon précise la façon dont un zèbre a des bandes noires et blanches sur le dos : grosso modo réaliser une cartographie génétique précise des cellules de la peau qui vont faire des poils noirs et des poils blancs à tel ou tel endroit avec des mécanismes de contrôle pour ne pas avoir du gris ou des zones qui débordent. Inimaginable. Inimaginable en effet puisque la nature s'en sort élégamment avec simplement deux molécules qui diffusent au niveau des cellules de la peau de la bestiole embryonnaire et qui selon les vaguelettes qu'elles font dans les tissus en formation, vont provoquer des effets géométriques particuliers à chaque animal. Et ce qui se fait pour les fourrures, se fait pour tous les êtres vivants qui se développent à partir d'embryon : le passage d'un banal paquet de cellules indifférenciées à un modèle réduit d'adulte très différencié.

Et c'est dans cette rupture de complexité ou d'intelligence, que la théorie de l'émergence est fascinante : ce n'est pas simplement dire que à plusieurs on est plus fort, mais que la masse peut développer un comportement collectif extrêmement plus intelligent que ses sous parties individuelles. C'est finalement dans l'interaction que la complexicité se développe. Métaphysiquement on dirait que le vide entre les parties est ce qui crée l'ordre.

Je vous rassure cependant tout de suite ce modèle ne s'applique pas du tout à la démocratie.

1 comment(s):

  • On devrait peut-être commencer un blog à part entière consacré à des questions de science amusantes.

    By Blogger Gromovar, at 11:09 AM  

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